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80° anniversaire de la rafle de la rue Sainte-Catherine

Photo Progrès /Norbert GRISAY

Allocution de Me Serge Klarsfeld, président de l'association des Fils et Filles de déportés juifs de France

80° anniversaire de la rafle de la rue Sainte-Catherine

Lyon, le 12 février 2023
Allocution de Me. Serge Klarsfeld, président de l’association des Fils et Filles des déportés juifs de France

Serge KlarsfeldNous sommes sur les lieux où s'est exercée pour la première fois avec éclat la volonté répressive de Klaus Barbie, depuis peu aux commandes de la Gestapo dans le cadre de la région préfectorale de Lyon qui comptait 8 départements.

En cette première opération à Lyon Barbie avait pour cible la résistance des Juifs contre la menace de leur extermination. Ce n'était pas la première fois qu'à Lyon les Juifs étaient la cible de policiers, puisqu’à l'issue de la rafle du 26 août 1942 menée par les forces de police française 544 Juifs étrangers avaient quitté la gare de St. Priest à destination du camp de Drancy victimes de l'antisémitisme prioritairement xénophobe de Laval et de Pétain qui avaient accepté de livrer à Hitler dans un premier temps et sur tout le territoire les Juifs considérés comme apatrides.

Le Cardinal Gerlier, les abbés Chaillet et Glasberg, les Amitiés Chrétiennes, le Général de St Vincent et les militants d'organisations juives avaient non seulement sauvé l'honneur en protestant mais aussi en sauvant la centaine d'enfants rassemblés au camp de Vénissieux ; un sauvetage collectif exceptionnel en France.

L'occupation par les Allemands de la zone libre en novembre 1942 avait désormais confronté directement les Juifs à la Gestapo.

Au début de l'année 1943, la population juive à Lyon était très angoissée, surtout les Juifs qui s'y étaient réfugiés. A qui s'adresser pour se cacher ou pour fuir en Suisse ? D'abord aux organisations juives. " La 5e direction d'Assistance" de l'Union Générale des Juifs de France -Zone Sud avait son siège à Lyon rue Ste Catherine et comprenait 2 sections :

  • la première, "assistance aux réfugiés" incorporait le CAR, Comité d'assistance aux réfugiés ;
  • la deuxième section, "Assistance aux Immigrés" incorporait la Fédération des Sociétés Juives de France.

Les travailleurs sociaux de ces deux sections étaient des bénévoles comme Simon Badinter ou ne l'étaient pas ; mais tous étaient de véritables militants qui, depuis quelques semaines, fournissaient aux Juifs étrangers et sans ressources de l'argent, des faux papiers, de fausses identités, des filières pour passer clandestinement en Suisse, des adresses où trouver des non-Juifs qui les accueilleraient. Tous pressentaient de nouvelles rafles conduites cette fois par les Allemands. Les deux sections étaient financées par le Joint, valeureuse organisation juive américaine qui contribua efficacement à la survie de nombreux Juifs et, comme l'écrit Barbie : "par les Juifs de France financièrement à l'aise".

Les rapports par Barbie de la rafle tiennent en 4 documents qu'il a signés et présentent la rafle comme une mesure de répression contre la volonté des Juifs, ceux qui travaillaient rue Ste Catherine et ceux qui venaient rue Ste Catherine, d'échapper à l'emprise allemande. Dans son dernier rapport, Barbie n'écrit pas que les Juifs ont été arrêtés en tant que Juifs mais je le cite "les arrestations ont été exécutées en raison de la possession de fausses pièces d'identité et en raison de la préparation de passage illégal de la frontière". Si des non-Juifs avaient été présents parmi les employés, ils auraient très probablement été envoyés au camp de Compiègne pour actes de résistance.

La résistance juive armée était active en France et surtout à Paris et à Lyon ; existait également une autre forme de résistance juive, celle de sauver le plus possible de vies juives; ce qui exigeait de la part de la population juive une volonté de survivre dans l'illégalité et de la part des militants des organisations juives une volonté d'aider leurs coreligionnaires au prix souvent de leur propre vie.

C'était il y a 80 ans; mais ce qui s'est passé depuis 80 ans dans la vie des Juifs montre bien que tous les actes de résistance juive pendant la guerre menée par Hitler contre les Juifs ont toujours été une inspiration pour les Juifs mais aussi pour ceux qui ne le sont pas. Sinon nous ne serions aujourd'hui que des Juifs dans la rue Ste Catherine; mais la République, la Ville de Lyon et les Lyonnais sans distinction participent aussi à cette cérémonie depuis des décennies et restent solidaires des Juifs qui y furent arrêtés en tentant de résister à la Solution finale.

 

Allocution de Me Richard Zelmati, président du CRIF Auvergne-Rhône-Alpes

80° anniversaire de la rafle de la rue Sainte-Catherine

Lyon, le 12 février 2023
Allocution de Me Richard Zelmati, président du CRIF Auvergne-Rhône-Alpes

Richard ZelmatiIl y a 80 ans, ici-même, le 9 février 1943, au numéro 12 de la rue Sainte-Catherine, au 2e étage, dans les locaux alors occupés par l’UGIF, l’Union générale des Israélites de France, la Gestapo commettait un crime, un crime contre l’humanité, le crime des crimes !

Ce 9 février 1943, à l’issue d’une interminable souricière commencée en début de matinée et achevée en fin d’après- midi, le piège se refermait sur les 93 juifs, alors présents dans les bureaux de UGIF.

84 personnes furent conduites au Fort Lamothe (l’ancienne caserne Sergent Blandan), puis internées au camp de Drancy, avant d’être déportées entre le 13 février 1943 et le 23 juin 1944, par 10 convois, qui les ont conduits vers l’extermination à Auschwitz-Birkenau, à Sobibor ou à Bergen-Belsen, vers tous ces « terminus » où, pour reprendre les mots d’André Malraux, là où : « Les nazis s’employèrent à faire concurrence à l’enfer ».

Seuls 4 d’entre eux revinrent de cet enfer... mais détruits...

Ainsi, survécurent : Benno Breslermann, Gilberte Jacob, Armand Stienberg et Rachmil Szullklaper.

Siegfried Driller et David Luxembourg avaient pu miraculeusement s’échapper du Fort Lamothe, avant leur transfert à Drancy.

Heureusement, 7 personnes parvinrent à être relâchées, en mystifiant leurs bourreaux avec des faux papiers ou de fausses histoires, subitement dictées par les circonstances et l’instinct de survie.

Un jeune adolescent à peine âgé de 15 ans, missionné par sa mère, inquiète de ne pas voir revenir son mari à l’heure accoutumée, réussit à échapper de très peu au piège mortel tendu par les hommes de Klaus Barbie.

Ce garçon se nomme Robert Badinter.

Il ne reverra jamais son père, Simon, bénévole de l’UGIF.

Ces 84 victimes, dont la plus jeune avait 13 ans et la plus âgée 72 ans, trop longtemps réduites à l’état de statistiques, de recensements sommaires, de numéros d’écrous ou de convois, nous les connaissons désormais.

C’est grâce au remarquable et opiniâtre travail d’historien de Serge KLARSFELD que ces malheureuses victimes ont pu sortir de l’oubli.

Serge Klarsfeld, auquel nous devons tant, leur a donné une identité. Elle est désormais gravée, dans la pierre, sur cette plaque.

De même que les travaux minutieux de Serge nous ont instruits sur les itinéraires de souffrance et sur les funestes destinations des victimes de la rafle de l’UGIF.

Surtout, nous mesurons mieux, combien en ces sombres et tragiques circonstances, notre Ville de Lyon était une « ville refuge », l’Arche des Juifs d’Europe : ceux qui ont été raflés ici étaient français par leur naissance ou par leur naturalisation, ils étaient aussi polonais, roumains, allemands, autrichiens, tchèques, lettons, russes ou apatrides.

Ils étaient tous des exilés :

- Exilés de l’intérieur pour les premiers, par les lois antisémites de Vichy,

- Exilés de toute l’Europe, fuyant l’avancée de l’hitlérisme.

Ils étaient l’Humanité, tous condamnés par les nazis pour le simple fait d’être venus au monde !

Sachez, surtout, qu’au deuxième étage du numéro 12 de la rue Sainte-Catherine battait alors le cœur d’une fraternité, et d’une solidarité exemplaires.

Ce sombre mardi du mois de février 1943, jour de distribution de secours et de visites-médicales, les permanents et bénévoles de l’UGIF dispensaient tant leurs soutiens que leurs soins aux réfugiés qui se présentaient dans les locaux de l’UGIF, arrivant alors massivement dans la cité des Gaules.

Ces permanents et bénévoles étaient là pour aider, pour nourrir, soigner, loger, réconforter et organiser les filières de survie, notamment vers des campagnes hospitalières, et également vers la Suisse, lorsqu’elle ne fermait pas ses frontières...

Le sinistre récit de cette rafle nous a méticuleusement été restitué par les survivants, les échappés ou les rescapés, lors du procès de Klaus BarbieE qui s’est ouvert en notre Ville au mois de mai 1987.

De même que mon Confrère (et ami) Alain Jakubowicz, j’étais alors avocat des parties civiles aux côtés de Serge Klarsfeld :

- Je n’oublie pas le regard éperdu de Léa Katz, dont le destin a voulu qu’elle s’extirpe par miracle de cette souricière.

- Je n’oublie pas la voix fluette d’Eva Gottlieb, qui travaillait avec sa mère à l’UGIF, racontant le stratagème par lequel elle échappa à la mort, sans pouvoir sauver sa mère Rella, laquelle resta, comme Simon Badinter, du mauvais côté de la porte.

- Je n’oublie pas le témoignage douloureusement limpide de Gilberte Levy-Jacob, assistante sociale à l’UGIF, rescapée d’Auschwitz et de la marche de la mort, relatant lors du procès ce qui fut pour elle, le dernier jour, du reste de sa vie.

- Je n’oublie pas enfin l’implacable récit de Victor Sulklaper, sauvé par ses faux papiers, chance qui n’a pas souri à son père Rachmil, auquel les hommes de Barbie, excédés par les identités maquillées qu’ils découvraient au fur et à mesure, lâchèrent : « Pourri de pays, on ne reconnaît pas un juif d’un non- juif ».

Le 4 juillet 1987, au milieu de la nuit, Justice étaient rendue aux victimes de la rafle de la rue Sainte-Catherine, comme à celles de la maison d’Izieu et à celles du convoi du 11 août 1944.

L’auteur principal de ces crimes contre l’humanité, le lieutenant SS Klaus Barbie, étaient condamné, « au nom du peuple français », par la Cour d’assises du Rhône, à la réclusion criminelle à perpétuité.

L’œuvre de justice est passée, j’ose le dire, in extremis...

Aujourd’hui, 80 années après, nous avons tous l’incontournable devoir de poursuivre l’œuvre de justice en la prolongeant par une œuvre de mémoire, une œuvre de transmission, une œuvre républicaine, de lutte, sans relâche contre l’antisémitisme.

L’historienne Annette Wiewiorka définit la mémoire comme le fait « qu’une collectivité se souvienne de son passé et cherche à lui donner une explication au présent, à lui donner un sens. »

Ainsi, commémorer les vies juives brisées ici-même, c’est rappeler que tout dans l’âme de notre cité et de notre pays doit rejeter le mensonge antisémite, systématiquement précédé de son cortège de préjugés, d’amalgames, de complotisme, de négationnisme, de révisionnisme, d’injures, d’agressions et, hélas, de crimes qui, encore aujourd’hui, défigurent notre pays dans une mécanique immuable où l’ensauvagement des mots précède et prépare toujours l’ensauvagement des actes.

Commémorer, c’est rappeler au Premier des lyonnais qu’il lui revient l’impérieuse obligation morale de mener, comme tous ses prédécesseurs avant lui, et ponctuellement Justin Godart, Juste parmi les nations, le combat essentiel pour les valeurs de la République, gravées au fronton de notre maison commune.

Notre ville ne doit rien céder, d’aucune manière, d’aucune sorte, d’aucune ambiguïté, aux sirènes de la division et de la discorde, ce, d’où qu’elles viennent et qui affaiblissent la fraternité autant que la lutte contre l’antisémitisme.

Non, décidément non !

On ne peut pas prétendre combattre et cautionner en même temps.

Commémorer, c’est également rappeler, sans désemparer à notre jeunesse les « mots sans sépulture », inaltérables de notre regretté Benjamin Orenstein, survivant de 7 camps où les nazis ont voulu le rayer de la surface de la Terre.

Commémorer, c’est se souvenir de la parole d’Ida Natan, dénoncée par sa voisine, déportée à 23 ans, dernière survivante du convoi du 11 août 1944

Commémorer, c’est entendre l’inlassable récit de notre cher Claude Bloch, rescapé d’Auschwitz, arrêté à 15 ans par la milice de Touvier et dont le courage de témoigner, encore à 94 ans, auprès de nos collégiens et lycéens, force le respect et l’admiration.

Commémorer, c’est affirmer que les victimes de la rue Sainte- Catherine, que Benjamin Orenstein, qu’Ida Natan, que Claude Bloch ont tous été victimes d’une même haine et la nommer : c’est l’antisémitisme, « cette lèpre de l’humanité ».

Et, si commémorer doit avoir une signification sur les lieux du crime où nous nous trouvons aujourd’hui, c’est pour dire que la Ville de Lyon, rassemblée par son

passé, flétrie par cette histoire baignée dans le sang et dans les larmes, ne cédera jamais à la tentation de la banalisation de la Shoah à la faveur des comparaisons inacceptables qui défient la raison.

C’est surtout marteler que les mots ont un sens et qu’on ne peut pas impunément, au prix d’un double manquement à la mémoire des six millions de morts dont 1 million 500 mille enfants, assassinés, et à la vérité des faits, convoquer le mot « déportation », au service d’un confusionnisme insultant et d’une relativisation bien connue de ceux qui professent l’antisémitisme, sous les oripeaux de l’antisionisme.

Commémorer enfin, c’est rappeler que les victimes de la rue Sainte-Catherine étaient condamnées de naissance, sans autre forme d’incrimination que celle d’avoir, pour reprendre les mots d’André Frossard, commis le « crime d’être nés ».

La spécificité du crime commis dans cette petite rue du quartier de Terreaux appartient à l’histoire universelle, comme l’est et doit le rester, la prison Montluc, conformément à la volonté des rescapés et comme le sera demain, le mémorial de la Shoah de LYON, au pied de la gare Perrache, d’où partirent les trains vers la mort.

Nous sommes les dépositaires, non seulement d’une mémoire, mais aussi d’une promesse.

Du haut de ces deux étages, 84 âmes nous contemplent et nous disent, le doigt pointé vers nous, que de nos pleurs et notre chagrin doit surgir l’averse féconde qui fait germer l’humanité.

Le crime qui s’est passé ici, nous afflige autant qu’il nous oblige à la conscience et à la lucidité devant ceux qui veulent, encore et toujours, la destruction des juifs.

Souvenons-nous qu’un peuple qui perd son histoire est comme un homme qui perd sa mémoire : - l’un ne se reconnaît plus dans son miroir, - l’autre à honte de s’y regarder.

Je vous remercie.

Ou télécharger le discours de Me Serge Klarsfeld logo pdf et de Me Richard Zelmati logo pdf

Commémoration du 82° anniversaire de la libération des camps d’Auschwitz-Birkenau et de Haute Silésie à Lyon 29 janvier 2023

Discours de M. Jean-Claude Nerson, Président Auvergne-Rhône-Alpes de l’amicale des anciens déportés d’Auschwitz-Birkenau et des camps de Haute Silésie.

Cliquer pour accéder au discours

Commémoration du 82° anniversaire de la libération des camps d’Auschwitz-Birkenau de Haute Silésie

Lyon 29 janvier 2023
Discours de M. Jean-Claude Nerson,
Président Auvergne-Rhône-Alpes de l’amicale des anciens déportés d’Auschwitz-Birkenau et des camps de Haute Silésie

Comme chaque année, nous sommes réunis pour célébrer un anniversaire, anniversaire qui fut, pour beaucoup, celui d’une libération, pour d’autres celui d’une révélation.

Libération, en ce 27 janvier 1945, des camps de Haute Silésie, libération d’Auschwitz-Birkenau, libération d’êtres humains réduits à néant par un Etat assassin.

Révélation de l’horreur absolue, étalée aux yeux des soldats de l’Armée Rouge, incrédules.

Révélation d’un monde où l’Homme, réduit à son ombre, forme avec ses semblables une armée de spectres immobiles, immobiles mais inquiétants, immobiles mais accusateurs avec leurs yeux exorbités.

1.000.000 avaient été assassinés, tous les moyens étaient bons pour que le rendement soit le meilleur possible.

On assassinait les bébés, les enfants, les adultes, les vieillards, ces victimes été exécutées avec la même logique criminelle qui prédominait depuis l’avènement des nazis au pouvoir, ces victimes ne sont pas mortes pour ce qu’elles avaient fait, mais pour ce qu’elles étaient.

La société allemande avait laissé faire et n’avait pas arrêter les mouvements liberticides lorsqu’ils étaient à la porte du pouvoir, les dirigeants allemands avaient permis l’éclosion du nazisme et n’avaient rien fait pour en stopper le développement, trop attachés qu’ils étaient, à leurs prébendes.

C’est pourquoi, Mesdames et Messieurs, vous qui avez quelques pouvoirs dans vos cercles respectifs, je vous demande solennellement mais fermement, de ne plus accepter, sous prétexte de clientélisme, les moindres entorses aux libertés.

Les Juifs font partie de la Nation française depuis sa création, ils sont fiers d’être français et cette fierté leur permet de se faire les porte-parole de ceux qui ne veulent plus entendre la longue liste des victimes au nom d’une idéologie.

Primo Levy disait « Je suis Juif parce que le sort a voulu que je naisse juif. Je ne m’en glorifie pas. C’est mon identité et je dois le préciser, je n’ai pas l’intention d’y renoncer »

C’est une simple constatation d’un fait avéré, constatation que je prends à mon compte pour vous montrer combien mes coreligionnaires étaient pris dans le piège de leur naissance.

Plus d’1.400.000 personnes avaient étés détenues à Auschwitz-Birkenau. En cette journée glaciale du 27 janvier 1945, le thermomètre était descendu à -25°, ils n’étaient plus que 7000 dont la mort n’avait pas voulu.

Ils étaient 7000 abandonnés, car trop faibles pour participer au grand départ, à ces interminables marches de la mort.

Les nazis avaient rassemblé tous ceux qui pouvaient encore, dans un long convoi misérable, quitter le camp.

Il ne fallait pas laisser de traces de leurs forfaits, chambres à gaz, crématoires, tout avait été dynamité, il ne restait plus que ces 7000, mais leur vie ne tenant qu’à un fil, l’Etat Major pensait qu’aucun ne pourrait survivre plus d’un ou deux jours.

La volonté, le sort, en a décidé autrement, ils étaient encore 7000 à être les témoins chancelants du génocide.

Ceux qui partaient, vêtus de hardes rassemblées à la hâte, une mince couverture jetée sur leurs épaules décharnées, les pieds ensanglantés par des gerçures douloureuses, souvent recouverts de papier provenant de sacs de ciment qui creusait encore les blessures.

Ceux qui partaient avaient promis que, si un seul survivait, il devrait crier à la face du Monde ce qui s’était passé ici, il ne devrait avoir aucune relâche pour ne pas que tous ces morts sans sépultures, soient oubliés.

Ces promesses, beaucoup n’ont pas pu les tenir, morts exténués ou exécutés pendant ces marches où périrent des dizaines de milliers de déportés, tant par l’extrême fatigue, que par les exécutions sommaires.

Les corps des malheureux étaient laissés sur place, dans la neige, rapidement dépouillés des quelques lambeaux de vêtements par ceux qui les suivaient, la survie de quelques-uns était à ce prix.

Survivre, il fallait une volonté exceptionnelle, une chance hors du commun, pour ne pas se laisser aller au désespoir. Il était facile de mourir pour tout oublier.

Mais il fallait survivre pour raconter au monde l’inénarrable.

C’est à travers les témoignages des quelques rescapés de l’horreur, qu’aujourd’hui encore, nous qui sommes devenus les transmetteurs de la Mémoire, nous nous réunissons chaque année en ce lieu dédié à la Résistance lyonnaise et au souvenir des camps d’extermination.

J’étais, il y a deux mois, sur les lieux même du crime, à Auschwitz-Birkenau, l’endroit n’a rien perdu de son atmosphère lugubre, les traces du passé sont partout et, si nous voulons bien tendre l’oreille, les cris des suppliciés sont encore audibles.

189 personnes étaient avec moi, foulant aux pieds les allées du plus grand cimetière juif au monde, beaucoup de jeunes étaient présents, collégiens ou lycéens, déconcertés par la réalité tangible de faits qui n’avaient été que relatés par des livres.
Il fallait leur répéter ce chiffre inimaginable, 1.000.000 de Juifs partis en fumée par les cheminées des crématoires dont seuls subsistent les ruines.

Combien de destins prestigieux ont été interrompus ici, combien d’Albert Einstein, de Sigmund Freud ou d’Elie Wiesel, combien de prix Nobel qui seraient venus allonger la liste des quelques 200 Nobel d’origine juive ?

Ces questions, je me les pose souvent.

Le peuple juif a apporté au Monde le monothéisme, les dix commandements, texte fondateur de la déclaration des droits de l’homme, mais surtout une participation essentielle, sans commune mesure avec son importance numérique, à l’avancée de notre civilisation.

C’est peut-être pour ces raisons, qui heurtent les dictatures, que ce petit nombre d’individus est la cible privilégiée, depuis la nuit des temps, de toutes les attaques.

Le traumatisme de la Shoah, à la révélation du génocide, a été tel, que la libération des camps n’a pas suscité de réelles prises de conscience des populations, il fallait tourner la page, revivre enfin.

Une France résistante était voulue pour un imaginaire récit national, les déportés français rescapés, revinrent dans une certaine indifférence.

Ceux qui étaient morts assassinés furent considérés par le Pouvoir comme des morts pour la France sans cérémonie patriotique dédiée.

Et pourtant, ils n’étaient pas morts glorieusement au champ d’honneur, ils n’étaient pas morts les armes à la main, ils n’étaient pas morts pour défendre cette France qu’ils aimaient tant.

Ils étaient morts pour rien, pour leur seule naissance, quel que soit leur âge, leur sexe où leur situation sociale, ils devaient mourir parce qu’ils étaient Juifs

Pour eux, pour tous ces martyres, nous devons constater que notre situation présente est devenue, depuis quelques années, à nouveau fort préoccupante.

N’oublions jamais que ce qui avait engendré un tel massacre, c’était l’antisémitisme ordinaire, véhiculé par des foules incultes dans le cerveau desquelles des Politiciens machiavéliques avaient instillé le germe de la haine.

N’oublions jamais que l’antisémitisme, lorsqu’il est arrivé à ses fins, ne connaît plus de limites, il dépasse la communauté juive, il menace l’équilibre du Monde, il menace les Démocraties.

Toutes les causes sont bonnes à son essor, il chevauche allégrement toutes les crises, qu’elles soient sociales, de santé publique, économiques, politiques et même celles, qui au sein même de notre Europe, menacent la paix mondiale.

N’avez-vous pas entendu ce récit infâmant selon lequel les Juifs auraient profité de la pandémie de Covid pour s’enrichir ?

N’avez-vous pas été choqué d’avoir vu des foules en délire, pour fêter la victoire du Maroc, en coupe du monde de football, brûler des drapeaux israéliens ?

N’avez-vous pas été surpris d’entendre de la bouche des Russes envahissant l’Ukraine, que c’était pour combattre l’antisémitisme et que les Russes étaient devenus les nouveaux Juifs ?

N’êtes-vous pas révoltés lorsque vous entendez le qualificatif de déporté employé pour des individus qui ont le terrorisme pour support, les déportés juifs étaient des victimes, méfiez-vous des amalgames honteux.

Ces mêmes terroristes qui viennent encore de perpétrer un abominable attentat devant une synagogue à Jérusalem, c’est leur façon de commémorer la journée internationale dédiée aux victimes de la Shoah.

Dans le Monde, depuis quelques années les assassinats contre des civils juifs innocents se multiplient, ils sont le fait des amis de ces individus que l’on reçoit avec beaucoup d’égards.

Nous ne devons plus tolérer l’intolérable !!!!!

Même les manifestations contre le changement climatique sont prétextes à des slogans anti israéliens.

Si ce ne sont les Juifs qui sont responsables, c’est le sionisme, apparenté sans doute au nazisme par sa terminaison phonétique, il faut vous rendre à l’évidence, tel le Phénix, l’antisémitisme renaît de ses cendres en revêtant des habits nouveaux retaillés au gré des circonstances.

Cela ne se réduit plus à quelques interventions de groupuscules d’extrême droite, dangereux certes, mais bien connus des services de police et canalisés dés leurs premières velléités de nuire, cela s’étend à d’autres idéologies, beaucoup plus dangereuses qui se propagent comme un nénuphar sur un étang, dans nos banlieues d’où les Français de confession juive sont obligés de partir.

Ces vérités sont occultées par le déni qui devient un pieux mensonge qui favorise le politiquement correct.

Je ne sais s’il n’est pas trop tard pour désamorcer la bombe qui se trouve allumée sous notre société occidentale, elle a pléthore d’artificiers prêts à mettre en route son mécanisme destructeur.

Pour avoir pris la relève de grands anciens, de Simone Lagrange à notre cher Benjamin Orenstein, pour la mémoire de tous nos martyres, je me dois d’être aux avants postes de ceux qui se battent pour que cette bombe face long feu.

Au risque de déplaire, voire de choquer, je demande aux décideurs de ne rien tolérer, de ne rien accepter au nom de je ne sais quel reconstruction, qui mettrait notre civilisation en péril.

On ne peut tenir différents langages suivant le public à qui l’on s’adresse.

Je ne suis pas venu en ce lieu dédié à la Résistance, je ne suis pas venu ici jouer les Cassandre, je suis venu dessiller certains yeux qui ne veulent pas se rendre compte des réalités

Il y a quelques 80 ans, Winston Churchill déplorait déjà « l’incapacité avérée d’apprendre qui caractérise l’Humanité », il regrettait amèrement « le manque de prévoyance, le refus d’agir quand l’action peut être simple et immédiate, la confusion des avis jusqu’à ce qu’il y ait urgence »

Ces mots me paraissent d’une brûlante actualité.

Je ne vous énoncerai pas, cette année encore, les statistiques effrayantes des actes antisémites dans notre pays, les actes graves ou les accusations mesquines de la vie quotidienne.

Je voudrai que nous ayons un regard vers l’avenir,

L’avenir, c’est qu’enfin notre monument dédié à la shoah, projet porté depuis presque 20 ans, se concrétise enfin.

Grâce à une chaîne de bonnes volontés dont la cheville ouvrière est le Procureur Général Jean-Olivier Viout, grâce à des Personnalités de talent, le cahier des charges a été édité, une conférence de presse est prévue dans les prochains jours pour qu’officiellement des datessoient annoncées.

Pour terminer, et puisqu’il en est encore temps, je voudrai vous souhaiter une excellente nouvelle année, une année sans soucis majeurs, une année où les canons se tairont à l’est de l’Europe et où enfin nous pourrons sortir de cette impasse dans laquelle notre Société s’engouffre un peu plus chaque jour.

Vive la République !

Vive la France !

Ou télécharger le discours logo pdf