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C’est au pied du Mémorial de la Shoah de Lyon qu’a été commémoré, le dimanche 25 janvier 2026, le 81e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz- Birkenau. Près d’un demi-millier de personnes ont participé à la cérémonie au premier rang desquelles de nombreux parlementaires, élus locaux, représentants des autorités civiles, militaires et religieuses.

M. Jean-Claude Nerson, président de l’amicale d’Auschwitz- Birkenau et des camps de Haute Silésie, vice-président de l’association du Mémorial, a prononcé un discours stigmatisant l’antisémitisme et en appelant à un sursaut « pour ne plus accepter l’intolérable ».

Lire la suite de l'article pour prendre connaissance de son discours.

Allocution de M. Jean-Claude Nerson

Président de l’Amicale d’Auschwitz-Birkenau et des camps de Haute-Silésie

Mémorial de la Shoah de Lyon - 25 janvier 2026

Madame Anne Laybourne, sous-préfète chargée de la politique de la ville représentant la Préfète de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, Préfète du Rhône, Madame Fabienne Buccio, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Monsieur Grégory Doucet, Maire de Lyon, Madame Sylvie Tomic Adjointe à la mémoire de la ville de Lyon,  Monsieur le Conseiller Régional représentant le Président du Conseil Régional Auvergne-Rhône-Alpes, Cher Pierre Oliver,  Monsieur le vice-président, représentant le Président du Conseil départementale du Rhône, cher Jean-Jacques Brun,  Monsieur Bruno Bernard, président de la Métropole de Lyon, Monsieur le lieutenant-colonel Philippe Creuset représentant le Gouverneur militaire de Lyon,  Monsieur le général Jérôme Servettaz, représentant le général commandant de la région de Gendarmerie Auvergne-Rhône-Alpes,  Monsieur Michel Knafo représentant le Grand Rabbin de Lyon,  Monsieur Etienne Tissot, Président émérite du Conseil du Consistoire Auvergne-Rhône-Alpes,  Madame Myriam Picot, Présidente de la Licra Auvergne-Rhône-Alpes,  Monsieur le Président de l’Association pour l’édification d’un Mémorial de la Shoah à Lyon, Cher Jean- Olivier Viout, Monsieur le Président du CRIF Auvergne Rhône-Alpes, Cher Richard Zelmati,  Monsieur le Président des Amitiés judéo-chrétiennes de France, Cher Jean-Dominique Durand,  Mesdames et Messieurs les Membres du Corps consulaire de Lyon,  Mesdames et Messieurs les Représentants des Autorités judiciaires,  Messieurs les représentants des Autorités religieuses,  Mesdames et Messieurs les Elus,  Mesdames et Messieurs les porte drapeaux, Chers élèves,  Et pour nombre d’entre vous Chers Amis.

En tant que Président de l’Amicale d’Auschwitz- Birkenau, je prends la parole aujourd’hui avec gravité et fidélité, gravité parce que nous commémorons la libération des camps d’Auschwitz et de Haute Silésie, lieux où la destruction méthodique de l’Humain a été portée à son point d’aboutissement. Gravité encore, car nous sommes cette année en ce lieu symbolique, voulu, réfléchi, choisi, par la Communauté juive de Lyon. Lieu symbolique s’il en est, entre la gare de Perrache d’où sont partis tant de déportés et le Veilleur de Pierre, rappel de la résistance lyonnaise à l’occupant nazi, en passant par la stèle aux enfants juifs d’Izieu, déportés et assassinés du fait de leur naissance. Fidélité, parce que notre engagement consiste à rappeler le terrible destin de ceux auxquels on a tenté d’ôter jusqu’au droit de rester vivants dans la mémoire de l’Humanité.

Le 27 janvier 1945, lorsque les soldats du 1er front ukrainien de l’Armée rouge franchissent la porte de Birkenau, ils ne savent pas qu’ils vont entrer dans l’un des centres de mise à mort les plus perfectionnés jamais conçus. Ils avancent dans un hiver glacial (-25°), après avoir traversé la haute Silésie dévastée, ils découvrent des bâtiments dynamités, des baraques paraissant à l’abandon et dans la pénombre d’une brume opaque, quelques 7000 survivants, errant, grelottant de froid, les yeux exorbités, à l’extrême limite de l’existence. Ce sont des êtres réduits à une silhouette, à un dernier souffle de vie. Les jeunes soldats soviétiques sont atterrés par ces visions d’apocalypse, en état de choc, ils comprennent immédiatement qu’il faut garder les preuves de ces scènes cauchemardesques, ils photographient, consignent par écrits leurs témoignages, ces preuves, cachées dans les Archives de l’ex-Union soviétique, sont autant de démentis aux révisionnistes et négationnistes qui continuent de nier l’existence même de la Shoah.

Primo Levi, lui-même rescapé d’Auschwitz, écrivait : « Comprendre est impossible, mais connaitre est nécessaire ». Nous savons aujourd’hui que la libération d’Auschwitz n’a pas été seulement un acte militaire, elle a été l’instant où le voile s’est déchiré, elle a permis au monde de saisir l’échelle industrielle, bureaucratique et idéologique du crime. Simone Veil, qui a été internée quelques temps à Birkenau écrivait :  « Auschwitz est l’absolue négation de tout ce qui fait l’Humain »

Ce constat doit être une balise morale, une balise qui doit guider les choix de tous nos Gouvernants.

Cette exigence morale est d’autant plus impérieuse que nous vivons un moment de fragilité dans l’équilibre mondial. La montée de l’antisémitisme n’est plus une inquiétude abstraite, elle se manifeste dans l’espace public, dans la violence verbale et physique à l’égard de nos compatriotes de confession juive, elle se manifeste dans les usages dévoyés des réseaux sociaux véhiculant sans aucun contrôles la falsification de l’Histoire.

1163 actes antisémites entre janvier et fin octobre 2025, l’antisémitisme contemporain agglomère plusieurs formes de haine anciennes et nouvelles : complotisme, relativisme, deshumanisation et amalgame. Cet antisémitisme est devenu aujourd’hui un phénomène de mode sous couvert de l’antisionisme, les propos de l’extrême gauche le favorise en entrainant une frange non négligeable de la population de notre pays. L’amalgame, accepté, toléré, encouragé quelquefois, entre la situation au Proche Orient et les Juifs de France, jette une huile incandescente sur un brasier qui ne demande qu’à se développer.

Les manifestations de sympathie et de soutien aux terroristes palestiniens qui ont perpétrés l’odieux crime du 7 octobre en Israël, défilant dans les rues de nos villes scandant des chants de haine. Les amis de ces mêmes terroristes, invités à participer à des tribunes qui propagent des messages qui confortent l’antisémitisme maladif de certaines populations, la citoyenneté d’honneur attribué à une personnalité dont le passé ne brille pas par un philosémitisme flagrant et dont le soutien aux assassins du Hamas est pour le moins suspect, le pavoisement du drapeau palestinien au fronton des Hôtels de ville de certaines villes françaises, Le qualificatif de génocidaire, martelé à longueur de meeting, à propos des Israéliens, tous ces faits mis bout à bout revêtent les Juifs du Monde entier du manteau de la haine et donne un prétexte aux attentats les plus meurtriers, comme celui, terrible, qui a endeuillé l’Australie, le mois dernier.

Nous ne pouvons plus, nous ne devons plus accepter l’intolérable.

Les Juifs sont en France bien avant que ce pays existe en tant que tel, ils ont participé à sa création, ont fait partie des forces vives permettant à cette nation, lentement, siècle après siècle de devenir la Patrie des Droits de l’Homme, ils ont versé leur sang pour que la France reste la France. Les hommes politiques juifs français, mais français avant tout, ont toujours fait passer l’intérêt de notre pays avant toute autre considération, je ne citerai que Leon Blum, Pierre Mendés-France ou Simone Veil (la liste est loin d’être exhaustive mais reflète différents types d’engagement politique)

Devrais-je vous rappeler ce que notre ville, notre pays, doit à Marc Bloch, qui fera son entrée au Panthéon dans les semaines prochaines, ce Juif alsacien, résistant jusqu’à la mort, qui écrivait : « je suis juif, sinon par la religion, que je ne pratique point, du moins par la naissance. Je n’en tire ni orgueil, ni honte. Je ne revendique jamais mon origine que dans un cas : face à un antisémite. » L’esprit de la Résistance a disparu aujourd’hui, de nouvelles idéologies ont fait souffler un vent dévastateur que ne réussit pas à juguler un monde politique qui ne veut surtout pas heurter un électorat potentiel.

Et nous voyons aujourd’hui nombreux de nos compatriotes de confession juive envisager de quitter leur patrie, leurs racines pour émigrer vers Israël, 3300 en 2025, ne pouvant plus accepter l’atmosphère délétère qui règne dans leur propre pays.

Les réactions de l’ensemble de la population me semblent tièdes par rapport à l’importance des faits. Imre Kertész, prix Nobel, lui-même rescapé d’Auschwitz, écrivait « Auschwitz n’a pas commencé avec les chambres à gaz, il a commencé lorsque les gens ont fermé les yeux ». Cette phrase doit agir comme un principe d’action civique, elle nous rappelle que les dérives ne surgissent jamais d’un seul coup, elles progressent par gisements successifs, par tolérances marginales, par lâchetés, microscopiques qui, cumulés, finissent par former le terreau de violences majeures.

Comme Président de l’Amicale d’Auschwitz-Birkenau, je mesure la responsabilité qui est la mienne, les derniers témoins de la Shoah disparaissent peu à peu, leurs voix, si essentielles, s’éteindront et je dois vous demander, solennellement, Mesdames et Messieurs, d’être les garants de l’intégrité du récit. Simone Veil disait « Il ne faut jamais avoir peur de témoigner. ». Aujourd’hui c’est à nous, c’est à vous qu’il appartient de prolonger ce courage-là. Nous devons combattre la banalisation, l’indifférence, le relativisme, ne pas permettre que les appels au meurtres antisémites résonnent dans les rues de nos villes. Nous devons défendre l’Histoire, c’est-à-dire les faits. Nous devons rappeler que la Shoah n’est pas un élément du passé que l’on commémore de manière rituelle, elle est un repère éthique permanent qui doit éclairer les dérives du présent.

Primo Lévi nous avertissait «cela est arrivé, donc cela peut arriver encore» A l’heure où les violences antisémites augmentent dans toute l’Europe, où les théories du complot se répandent, où certains tentent de revisiter ou d’instrumentaliser le récit historique, cette phrase doit rester en première ligne de nos consciences. Le fanatisme menace notre civilisation, il ne faut pas être dupes de déclarations apaisantes et se cacher derrière un discours compassionnel, il faut agir avec fermeté lorsque les circonstances l’exigent. Il faut que les pouvoirs publics soient forts, à ce propos, je tiens particulièrement à remercier Madame la Préfète Fabienne Buccio qui fait montre d’une volonté farouche et ne laisse passer aucune dérive d’où qu’elle vienne. Il faut que les pouvoirs publics soient forts pour ne rien accepter de ceux qui veulent, par tous les moyens, saper les bases mêmes de notre démocratie.

Cette démocratie française, qui « pour survivre et garder la tête haute dans la tourmente, s’est déchirée et divisée, pour sauver l’honneur d’un petit officier juif, le capitaine Dreyfus », comme le disait le grand-père du philosophe français Lévinas, avant d’émigrer de Lituanie, afin d’être heureux comme Dieu en France », suivant le dicton yiddish.

Mesdames et Messieurs, la cérémonie de ce matin doit nous permettre de confirmer cette affirmation. Je vous remercie d’y avoir participé.

N’oublions jamais.

Vive la République, Vive la France.