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26 janvier 2020 : Commémoration à Lyon du 75°anniversaire de la libération des camps d’Auschwitz –Birkenau

Discours de M. Jean-Claude Nerson, président de l’Amicale des anciens déportés d’Auschwitz Birkenau et des camps de Haute Silésie, vice-président de l’association pour l’édification d’un mémorial de la Shoah à Lyon.

« Monsieur le Préfet de la région Auvergne Rhône Alpes, Préfet du Rhône
Monsieur le Ministre d’Etat, Maire de Lyon,
Monsieur le Président de la Métropole de Lyon
Monsieur l’Adjoint à la Mémoire, au Patrimoine et aux Anciens Combattants, Cher Jean-Dominique Durand,
Monsieur le Président honoraire de l’Amicale d’Auschwitz-Birkenau, Cher Benjamin Orenstein,
Monsieur le Président de l’Association pour l’édification d’un mémorial de la Shoah à Lyon, Cher Jean-Olivier Viout,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs les Maires et Adjoints d’Arrondissements
Monsieur le Gouverneur Militaire de la Ville de Lyon,
Mesdames et Messieurs les Consuls Généraux
Mesdames et Messieurs les Représentants des Autorités civiles et religieuses.
Mesdames et Messieurs les Représentants des Associations,
Mesdames et Messieurs, et pour nombre d’entre vous
Chers Amis,

Cela fera 75 ans demain que les camps d’Auschwitz-Birkenau et de Haute Silésie, ont été libérés.

Mais il y a 75 ans aujourd’hui, que se passait-il dans le camp de Birkenau, où quelques milliers de détenus, hagards, déguenillés, errants dans un paysage cauchemardesque, foulant une neige glacée, s’accrochaient à un souffle de vie pour pouvoir un jour témoigner.

Ils se serraient les uns contre les autres, ou se tenaient seul, sans bouger, transis de froid, tenaillés par une faim qu’il est difficile de décrire et par-dessus tout mourrant littéralement de soif.

Imaginez ces fantômes, ces spectres émergeant de la brume, ces déchets ’Humanité, laissés par les S/S comme des ordures abandonnées car inutilisables.

Imaginez l’immensité de Birkenau, le son des canons et des armes lourdes qui déchiraient l’opaque silence d’un enfer ouaté.

Conférence de presse du 13 septembre 2019

Sous la présidence de M. Gérard Colomb, maire de Lyon et en présence de nombreux élus et personnalités diverses de la la ville et de la région, une conférence de presse s’est déroulée, le 13 septembre 2019, à l’hôtel de ville de Lyon, au cours de laquelle a été officiellement présenté le projet d’édification d’un mémorial de la Shoah et lancée la souscrition publique devant la rendre possible.

De droite à gauche : M. Jean-Claude Nerson, président de l’amicale des anciens déportés d’Auschwitz Birkenau et des camps de Haute-Silésie, M. Jean-Lévy, délégué régional de l’association des fils et filles des déportés juifs de France, Me André Soulier, président du comité de parrainage, M. Gérard Collomb, maire de Lyon, M. Jean-Olivier Viout, président de l’association, Mme Nicole Bornstein, président du CRIF Auvergne- Rhône-Alpes, M. Benjamin Orenstein, président d’honneur de l’association, doyen des rescapés lyonnais de la Shoah.

Discours de Monsieur Gérard Collomb, Maire de Lyon

Discours de Monsieur Gérard Collomb, Maire de Lyon

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de saluer les personnalités qui m’entourent et qui vont s’exprimer après moi sur ce projet d’un Mémorial de la Shoah à Lyon :

  • Jean Lévy, Président régional de l’Association des Fils et Filles des Déportés Juifs de France.
  • Beate et Serge Klarsfeld qui soutiennent activement ce projet lyonnais, n’ont malheureusement - du fait des grèves - pu venir ce matin comme cela est prévu et c’est donc vous qui les représentez,
  • Nicole Bornstein, Présidente du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France Auvergne Rhône-Alpes,
  • Jean-Claude Nerson, Président de l’amicale des déportés d’Auschwitz-Birkenau et des camps de Haute Silésie du Rhône, et Benjamin Orenstein, qui en est l’ancien Président et qui, rescapé d’Auschwitz, est aussi le Président d’honneur de l’association qui vient de se créer pour l’édification du Mémorial de la Shoah à Lyon,
  • Jean-Olivier Viout, Procureur honoraire, que chacun connaît à Lyon, qui préside cette association,
  • Maître André Soulier, qui préside, lui, le Comité de parrainage chargé par l’association de récolter les fonds nécessaires à la réalisation du Mémorial,

Et permettez-moi de saluer les personnalités présentes dans la salle, notamment les Autorités religieuses.

Mesdames et Messieurs,

Nous avons souhaité vous présenter tous ensemble ce matin – avec celles et ceux qui le portent – ce projet de Mémorial de la Shoah à Lyon.
Cette dimension collective est essentielle et je veux remercier mon adjoint, Jean-Dominique Durand, qui a facilité les échanges et contribué à ce que cette initiative commune se précise, se structure et aboutisse à la création de l’association et du comité de parrainage qui vous seront présentés.

Ce que pour ma part je veux vous dire ce matin, c’est le sens profond que revêt l’édification à Lyon d’un tel monument et qui m’a conduit à faire partie des premiers signataires de ce comité de parrainage.

Créer à Lyon un Mémorial de la Shoah relève de l’évidence lorsque que l’on connaît l’histoire de notre cité, lorsque l’on sait le rôle, majeur, qu’elle a joué pendant la Seconde Guerre mondiale.
Lyon n’est pas n’importe quelle ville.

C’est la ville où Jean Moulin a fait l’unité des grands mouvements de résistance de la zone Sud ; la ville que le Général de Gaulle a proclamé Capitale de la Résistance quelques jours après sa Libération le 14 septembre 1944. Nous avons d’ailleurs posé, le 3 septembre dernier, une plaque dans la cour haute de cet Hôtel de Ville rappelant que Lyon avait été décorée de la Légion d’honneur pour ses faits de résistance.

Il est essentiel de connaître ce passé ; essentiel de savoir que les femmes et les hommes qui se sont engagés dans la lutte clandestine ont écrit à Lyon de très belles pages de l’histoire, comme lorsqu’en août 1942, plusieurs associations chrétiennes ont organisé le sauvetage de 108 enfants qui avaient été emprisonnés au camp de Vénissieux.

Mais Lyon, nous le savons tous, a aussi été le foyer d’une effroyable répression menée sous la férule de la Gestapo de Klaus Barbie.

C’est lui qui, le 9 février 1943, a organisé la rafle de 86 personnes, rue Sainte-Catherine, à quelques pas d’ici, dans l’immeuble où se trouvait le siège de l’Union Générale des Israélites de France.

C’est lui qui a orchestré l’arrestation et la déportation des 44 enfants d’Izieu et de leurs 7 accompagnateurs le 6 avril 1944;

Lui qui a été l’ordonnateur du dernier convoi parti de Lyon le 11 août 1944, emportant plus de 600 personnes – hommes, femmes, enfants - vers les camps de concentration de Struthof, Ravensbrück et Auschwitz.

Il est important de souligner que ce sont Serge et Beate Klarsfeld qui, au terme d’un travail de recherche considérable, ont pu établir ces faits, retrouver l’identité de toutes les victimes et surtout trouver les preuves de la culpabilité de Barbie.

Et comme vous le savez, c’est aussi grâce à eux que Klaus Barbie a été retrouvé en Bolivie, extradé en France et ramené à Lyon, avec le soutien du Garde des Sceaux de l’époque, Robert Badinter, pour y être jugé du 11 mai au 7 juillet 1987. C’était la première fois que se tenait en France un procès pour crime contre l’humanité ; procès au cours duquel Jean-Olivier Viout était l’adjoint du Procureur général Pierre Truche.

Mesdames et Messieurs,

Si j’ai tenu à rappeler ces faits historiques, c’est évidemment parce qu’ils donnent tout leur sens au projet porté par l’association pour l’édification à Lyon d’un Mémorial de la Shoah.

La shoah est un crime spécifique qui, à Lyon, a fait l’objet d’un procès historique. J’invite celles et ceux qui ne les connaissent pas à voir et écouter les témoignages clés du procès, dont les archives intégrales ont été éditées il y a quelques années.

Il faut entendre, par exemple, celui de Sabine Zlatin, la directrice de la colonie des enfants d’Izieu, celui d’André Frossard qui, à Montluc, avait été interné dans ce que les nazis appelaient « la baraque aux juifs », pour commencer à appréhender ce que fut la Shoah.

Il faut entendre les mots d’Elie Wiesel soulignant que si « toutes les victimes d’Hitler n’étaient pas juives, tous les Juifs étaient des victimes ; ses paroles rappelant que c’est « un peuple tout entier,- du plus petit au plus grand, du plus riche au plus déshérité-, qui fut condamné à l’anéantissement ».

Oui, c’est bien la nature même de ce qu’est le crime contre l’humanité que le procès Barbie a mis en exergue plus de quarante ans après les faits.

Et cela a été un véritable déclencheur. C’est à partir de là que notre ville a fait le choix d’affronter son passé, tout son passé, même le plus sombre. C’est à partir de là que s’est amorcé le travail de mémoire, d’abord sous la houlette de Michel NOIR, que je salue, et qui a permis la création, en 1992, du Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation sur le site de l’ancienne école de santé militaire de l’avenue Berthelot (où la Gestapo avait son siège de mars 1943 à mai 1944).

C’est évidemment dans la continuité de ce travail de mémoire que j’ai souhaité m’inscrire, avec mes équipes, lorsque je suis devenu Maire en 2001.

Nous l’avons fait en commémorant chaque année la rafle de la rue Sainte Catherine, comme l’avait institué Gilles Buna lorsqu’il était Maire du 1er arrondissement avec son ami Jules Zederman, et en veillant à ce qu’une plaque (inaugurée en 2011) rappelle le nom de toutes les victimes.

Nous l’avons fait en donnant (en 2011) à une place de notre ville le beau nom de Marc Aron, ancien président du CRIF, qui a tant œuvré à Lyon pour défendre les valeurs de respect, de dialogue, de concorde.

Nous l’avons fait en donnant un second souffle au CHRD, en 2012, avec une nouvelle scénographie où figurent notamment les noms des 80 000 victimes de la Shoah en France.

Nous l’avons fait en posant, rue Boissac, une plaque rappelant que le Consistoire israélite de France avait trouvé refuge dans notre ville en ces heures sombres de l’histoire.

C’est ce même travail de mémoire que nous poursuivions quand, en avril dernier, nous étions rassemblés pour inaugurer, place Carnot, une stèle à la mémoire des 44 enfants d’Izieu et de leurs 7 accompagnateurs.

Vous le voyez, le projet de Mémorial de la Shoah que nous vous présentons ce matin s’inscrit dans cette démarche d’ensemble.

Nous l’édifierons à côté de cette stèle des enfants d’Izieu, place Carnot, devant cette gare de Perrache où ils avaient pris un train sans retour.

Sur ce lieu central de notre ville, ce monument rappellera que plus de 6200 personnes de la région Auvergne Rhône-Alpes – hommes, femmes, enfants – ont été déportées parce qu’elles étaient juives.

Il rappellera que cette mémoire de la Shoah - dans laquelle ont péri 6 millions de Juifs, parmi lesquels 1 million et demi d’enfants - est celle de notre humanité tout entière.

Il sera la traduction de nos idéaux d’égalité, de fraternité, de respect de la dignité humaine ; l’expression aussi de notre détermination pour les temps présents.

Mesdames et Messieurs,

Nous le savons tous, l’antisémitisme n’a hélas pas disparu après la Shoah. Nous en avons eu ces dernières années dans notre pays, jusqu’au cœur de nos villes, d’effroyables illustrations.

Et l’augmentation du nombre d’actes antisémites enregistrés en France l’an dernier est un sujet d’inquiétude majeur.

Je veux redire ici que cela concerne chacune et chacun de nous. Car ce sont les principes même de notre République, ses valeurs fondatrices, son équilibre que ces idéologies de haine menacent.

C’est aussi cela que notre démarche a vocation à rappeler.

Pour toutes ces raisons, je suis certain qu’elle recueillera une large adhésion auprès des Lyonnaises et des Lyonnais.

Pour ma part j’ai confiance dans notre capacité à mobiliser les forces vives de notre territoire autour de ce projet.

Je laisse maintenant la parole à Jean-Olivier Viout, Président de l’association pour l’édification d’un Mémorial de la Shoah à Lyon.

Gérard Collomb
Maire de Lyon

Intervention de M. Jean-Olivier Viout, Procureur général honoraire de Lyon, président de l’association

Intervention de M. Jean-Olivier Viout, Procureur général honoraire de Lyon, président de l’association,

Merci infiniment, Monsieur le Maire, d’accueillir cette conférence de presse dans votre hôtel de ville, merci surtout pour vos paroles fortes et l’officialisation de votre parrainage de l’initiative qui réunit l’important auditoire qui emplit cette salle.

La brièveté demandée à chaque intervenant ne me permet pas de vous saluer nommément vous élus de Lyon et du Rhône, vous membres des familles de victimes du nazisme, juifs et résistants, vous personnalités diverses du monde diplomatique (merci M. le consul général d’Allemagne), personnalités du monde judiciaire, économique, universitaire, associatif, certains ayant accompli un long déplacement etc . Par votre présence vous donnez un signe tangible de votre soutien et cela prend un sens.

Je voudrais toutefois faire exception et avec émotion saluer deux des trois derniers rescapés lyonnais de la Shoah qui, parmi nous, donnent pleine mesure à l’objet de notre rencontre : à savoir leur doyen Benjamin Orenstein, dont les appels à la Mémoire et aux leçons que nous devons en tirer, ont raisonné durant tant d’années, chaque mois de janvier, lors de la commémoration annuelle de la libération des camps d’Auschwitz Birkenau. Je veux aussi saluer Claude Bloch, déporté lui aussi à Auschwitz à l’âge de 15 ans, qui, tout comme Benjamin, consacre le reste de sa vie à témoigner au Mémorial national de la prison de Montluc, au CHRD et dans de multiples lycées et collèges.

Et je veux aussi saluer Ida Natan qui n’a pu être présente parmi nous. C’est l’ultime lyonnaise survivante du convoi ferroviaire fort de 650 voyageurs, à destination des camps de la mort, organisé par Klaus Barbie, le 11 août 1944.

Pourquoi trois associations notoirement connues : l’Amicale des anciens déportés d’Auschwitz Birkenau et des camps de Haute Silésie, l’association des Fils et Filles des Déportés Juifs de France et le CRIF Auvergne Rhône Alpes, pour les citer par ordre alphabétique, ont-t-elles décidé d’en créer une quatrième ?

Parce que le projet qu’elles portent dépasse leur sphère propre et exige un dimensionnement spécifique. Il s’agit, en effet, d’une ambition citoyenne d’une ampleur particulière : rappeler dans notre ville de Lyon, principalement à destination de la jeune génération et de celle de demain, ce qu’a produit, il y a 80 ans, au cœur de notre vieille Europe dite des lumières, le fanatisme porté à son paroxysme. Je ne vous ferai pas l’injure de souligner, par les temps qui courent, au vu de ce que nous voyons et entendons, quelle urgence revêt l’entretien et le ravivage de la flamme de la mémoire de cette dantesque page d’histoire et des leçons que l’on doit en tirer.

C’est ainsi qu’avec le soutien actif et précieux de M. Jean-Dominique Durand, adjoint au maire, que je tiens à remercier spécialement, une association pour l’édification d’un Mémorial de la Shoah à Lyon a été créée. La présidence d’honneur de cette association est naturellement revenue au doyen des rescapés lyonnais de la Shoah, en l’espèce notre cher Benjamin Orenstein déjà cité qui, depuis des décennies, appelle de ses vœux et de toutes ses forces, l’édification d’un Mémorial de la Shoah dans notre capitale de la Résistance.

J’ai accepté la présidence opérationnelle de cette association, en me remémorant la solennelle mise en garde adressée publiquement par Elie Wiesel, au cours du procès Klaus Barbie « L’ennemi tue deux fois. La seconde en essayant d’effacer la mémoire de ses crimes… parce qu’aujourd’hui nous savons, s’il réussissait, ce ne serait pas sa faute, mais la nôtre ».

Cette jeune association pour l’édification d’un Mémorial de la Shoah à Lyon a placé à sa tête trois vice-présidents, chacun représentant les associations que j’ai déjà citées :

  • M. Jean-Claude Nerson, président de l’Amicale des anciens déportés d’Auschwitz Birkenau et des camps de Haute Silesie
  • M . Jean Lévy, délégué régional de l‘association des Fils et Filles des déportés juifs de France
  • Mme Nicole Bornstein, Présidente du CRIF Auvergne Rhône- Alpes

Un secrétaire Général:

  • M. Gérard Panczer, professeur à l’université Lyon I Claude Bernard

Un trésorier :

  • M. Philippe Guegen, expert comptable et commissaire aux comptes honoraire

ainsi que 8 personnalités composant le reste du conseil d’administration, la plupart ici présentes et que je remercie vivement pour leur engagement

  • M. Luc Bonnaventure, fils de Juste
  • Maître Jean-Marie Chanon, ancien bâtonnier, ancien maire-adjoint de Lyon
  • M. André Dizdarevic, directeur de l’Institut des Droits de l’Homme à l’ Université catholique de Lyon
  • M. Laurent Douzou, professeur d'histoire contemporaine à l'université Lumière Lyon-II et à l'Institut d'études politiques de Lyon.
  • M. le professeur Hugues Fulchiron, ancien président de l’Université Lyon III Jean Moulin
  • Maître Eric Jeantet, ancien bâtonnier, président de la chaire lyonnaise des Droits de l’Homme
  • M. Joseph Yacoub, professeur honoraire des universités, président de l’Institut des Droits de l’Homme de l’Université catholique de Lyon
  • Maître Richard Zelmati, avocat de parties-civiles au procès Barbie

Aucun élu, volontairement, pour éviter toute critique ou confusion des genres, dans la mesure où la contribution des collectivités locales sera inévitablement sollicitée pour réaliser le bouclage financier de l’opération.

Vous le voyez, ce conseil d’administration reflète bien ce que doit être ce Mémorial : non pas un mémorial d’une communauté, mais un Mémorial porté par l’ensemble de notre collectivité lyonnaise et au-delà, transcendant pour les réunir toutes, chacune de nos sensibilités, croyances, opinions et appartenances en tout genre. Car il est des enjeux qui exigent que soit jeté aux orties ce qui divise. Le rappel de la Shoah et la lutte opiniâtre contre tout ce qui pourrait favoriser, demain ou un autre jour, la réplique de ce séisme dans l’histoire de l’Humanité, fait partie assurément de ces enjeux majeurs.

Alors notre projet est simple et transparent :

Implanter, au cœur de la ville, un Mémorial en forme d’œuvre d’art significative, propre à retenir l’œil du passant, accompagné de cette seule et brève inscription destinée à rappeler et interpeler :

En mémoire des six millions de victimes de la Shoah,
dont un million et demi d’enfants.
1933 – 1945
6 200 venaient de notre région.

Ce monument ne pouvant être petit, banal, ordinaire, un concours à dimension nationale sera organisé pour mettre en compétition l’imagination créatrice de grands artistes.

Notre association a déjà fait connaitre à M. le Maire de Lyon, à M. le Maire de second arrondissement de Lyon, qu’elle souhaitait fortement qu’il prenne place, place Carnot,

  • Place Carnot, en raison de la centralité du lieu,
  • Place Carnot, en raison de sa proximité avec la gare de Perrache, lieu de départ des convois de ces hommes, femmes et enfants voués à la déportation en ce temps de nuit et brouillard où l’homme était devenu un loup pour l’homme,
  • Place Carnot qui, demain, depuis ce Mémorial, jusqu’au Veilleur de pierre, en passant par la borne de Verdun, formerait avec la place Bellecour un axe mémoriel de notre sanglant et immolatoire XX° siècle.

Alors pour réunir les moyens à la hauteur d’une telle ambition, une vaste mobilisation doit être entreprise. D’où la décision du conseil d’administration de notre association de constituer un large comité de parrainage pouvant sans cesse s’enrichir de nouveaux noms, réunissant tous ceux voulant s’engager pour soutenir ce projet, sous toutes les formes qui leur paraitront possible.

Qui mieux que Maitre André Soulier pour présider, enrichir, activer, tenir en éveil ce comité de parrainage, fort déjà à ce jour, de plusieurs dizaines de personnalités. Cher Maitre Soulier, vous êtes une grande figure de notre monde judiciaire, le doyen ou vice-doyen de notre grand Barreau lyonnais. Ancien questeur du Parlement européen, mais surtout ancien Premier Maire adjoint vous avez, en 1987, apporté une aide matérielle plus que généreuse de la ville de Lyon à l’organisation du procès Barbie. Personnalité connue et reconnue dans maintes sphères, y compris sportives, vous étiez la personnalité ad hoc. Votre acceptation enthousiaste nous a fait chaud au cœur et je tiens publiquement à vous exprimer notre gratitude. La manifestation qui nous réunit ce jour est celle notamment de la présentation de votre comité de parrainage. Je ne peux donc que m’effacer maintenant pour vous céder la parole.

Jean-Olivier Viout
Président de l’association pour l’édification d’un Mémorial de la Shoah à Lyon

Appel de Maitre André Soulier, Premier maire adjoint honoraire de Lyon

Appel pour un Mémorial de la Shoah à Lyon

Il y a 74 ans, le monde, sidéré, découvrait l'horreur des camps de concentration et d'extermination nazis à travers les récits qui en étaient faits, les photographies et les images diffusées par le cinéma. Nul ne peut oublier la stupeur et la douleur exprimées par les libérateurs.

Le mot ‘’indicible’’ y trouvait alors tout son sens, quels qu’aient été les malheurs accumulés par les affrontements des hommes depuis des siècles. La France subit à la fois l'occupation nazie et le régime de Vichy qui, par ses décrets, lois et statuts appliqués notamment aux étrangers et aux juifs, rompit le fil des acquisitions démocratiques et républicaines.

Au prix de leur carrière, de leur confort personnel et de leur vie, des hommes et des femmes de notre pays s'opposèrent et résistèrent à l'ignominie. Lyon fut un lieu emblématique de ce qui se joua en France à cette époque.

C'est depuis Lyon que le SS Klaus Barbie étendit son emprise criminelle. C'est à Lyon que la milice de Paul Touvier accomplit sa sinistre et sanglante besogne.

Mais Lyon ne se soumit pas. En même temps qu'y sévissaient lâcheté et hideuse collaboration avec l'occupant, Lyon devint un lieu de résistance dont le héros Jean Moulin devint le symbole.

Parmi les figures emblématiques de cette résistance lyonnaise, citons également Justin Godart Maire à la Libération, Juste parmi les Nations, ou Louis Pradel, futur Maire, avec « le coq enchaîné ».

Lors des rafles de juifs étrangers organisées par le régime de Vichy en août 1942, des réseaux animés par une profonde foi chrétienne se mobilisèrent pour sauver familles et enfants.

Décrétée capitale de la Résistance, Lyon devint ainsi un haut lieu de Mémoire pour cette sombre période de l'histoire pendant laquelle pourtant des lumières portées par des édiles comme par de simples citoyens ne se sont jamais éteintes et permettent de garder espoir en l'humanité.

Alors que plusieurs villes de France ont déjà érigé un mémorial aux victimes de la shoah, diverses associations et personnalités, avec le soutien constant du Maire de Lyon, ont souhaité aujourd'hui rassembler leurs compétences et leur énergie pour que soit érigé un mémorial en un lieu significatif de notre histoire locale, Place Carnot, près de la Gare de Perrache, rappelant les trains qui partirent chargés d’hommes, femmes et enfants promis à la mort.

Dans un monde parcouru à nouveau de frissons, quand certains souvenirs paraissent s’effacer, volontairement ou non de bien des mémoires, il est indispensable et urgent de montrer et de raconter une tragédie moderne, sans précédent par son ampleur : la tentative d’élimination de tout un peuple.

C’est pourquoi un appel est lancé à tous les hommes et femmes conscients de cet enjeu, qui souhaitent contribuer, selon leur conscience et leurs moyens, au financement et à la mise en œuvre de cette initiative mémorielle.

André Soulier
Premier maire adjoint honoraire de Lyon

Intervention de Mme Nicole Bornstein, Présidente du CRIF Auvergne Rhône-Alpes

Intervention de Mme Nicole Bornstein, Présidente du CRIF Auvergne Rhône-Alpes.

Pourquoi un Mémorial de la Shoah à Lyon ?

C'est un souhait d’ il y a déjà plus de 10 ans...

Il paraissait alors important que Lyon, capitale de la Résistance, et sa région qui ont vécu toutes les formes du drame de la seconde guerre mondiale, et qui contiennent en leur sein nombre de lieux de mémoire liés à cette période, envisage l'édification d'un monument mémoriel, à lui seul symbole de la Shoah.

Ce projet, d'emblée le maire de Lyon, Monsieur Gérard Collomb, l'a soutenu...Mais quelle forme lui donner ? Il y avait plusieurs visions possibles, et chacun des partenaires avançait des arguments sincères, mais incompatibles !

Il aura fallu 10 ans pour que le chemin se fasse et nous voilà ici aujourd'hui ! Notre présence en ces murs témoigne de la continuité du soutien fidèle de la mairie de Lyon et nous l'en remercions.

Interpellé par les temps de violence auxquels nous sommes aujourd'hui confrontés , et par la montée de l'antisémitisme et de la xénophobie, sans doute attentif à notre quête d'un lieu de recueillement de grande force symbolique, il y a quelques mois, c'est Monsieur Jean-Dominique Durand, adjoint à la mémoire, qui nous a proposé et aidés à réactiver ce projet et nous l'en remercions très sincèrement.

C'est ainsi que trois associations « les Fils et Filles des déportés juifs de France », « l'Amicale d’Auschwitz-Birkenau et des camps de haute Silésie » et le CRIF ARA se sont constitué en une association à la présidence de laquelle il nous est apparu comme une évidence de désigner Monsieur le procureur Jean-Olivier Viout, engagé à nos côtés depuis tant d'années !

C'est un grand honneur pour nous qu'il ait bien voulu accepter cette charge, car c'en est une..., comme c'est aussi un grand honneur que Maître Soulier ait bien voulu prendre la présidence du Comité de parrainage de cette association pour nous aider à mener ce projet jusqu'à son aboutissement. Nous les remercions tous deux très vivement.

Je tiens aussi bien sûr à remercier les membres de notre bureau, eux-mêmes présidents d'associations ou issus de la société civile, ainsi que toutes les éminentes personnalités qui ont répondu favorablement à l'invitation de Maître Soulier pour entrer dans le comité de parrainage.

Nous avons la chance à Lyon, bientôt 75 ans après la libération des camps, d'avoir encore parmi nous des rescapés de la Shoah, Monsieur Benjamin Orenstein et Monsieur Claude Bloch, rescapés dont on connaît ici leur infatigable énergie pour encore témoigner...Nous les saluons chaleureusement.

Mais dans une génération, ceux qui ont connu, côtoyé, échangé avec les témoins disparaîtront et la Shoah ne sera plus, peut-être, qu'un événement parmi d'autres, mentionné dans les livres d'histoires, une tranche d'histoire qui aura peut-être du mal à trouver sa place dans le roman national...

Il est donc temps que ce mémorial devienne une réalité pérenne, ancrée à Lyon.

  • A Lyon, qui fut le lieu même de l'apparition du judaïsme dans la Gaule antique,
  • A Lyon, qui vit s'installer une société juive intégrée dans la vie de la cité. En témoignent la « rue juiverie » de notre vieux Lyon ou les tombes exhumées récemment lors des travaux de l’hôtel Dieu ….
  • A Lyon, qui fut le témoin de toutes les étapes successives de la Shoah avec l'application scrupuleuse du statut des juifs décrété par Vichy, avec les rafles des juifs étrangers d'août 1942 organisées par Vichy, mais entravées par des réseaux de résistances, en particulier chrétiens, portés par des hommes remarquables comme le Père Chalier, l'Abbé Glaser , le Général de Saint Vincent, ou bien d'autres , connus ou anonymes... avec la rafle de la rue Ste Catherine, avec la rafle des 44 enfants de la maison d'Izieu
  • A Lyon, où l'acharnement meurtrier contre les juifs et les résistants s'est déchaîné, et même décuplé à la veille de la retraite des armées nazies, avec les fusillés de Rilleux, avec le dernier convoi du 11 août 44, 285 résistants déportés et plus de 350 juifs envoyés directement à la mort à Auschwitz, avec les massacres de St Genis Laval et de Bron de fin août 44.

Le 3 septembre dernier, lors de la commémoration de la libération de Bron, cet acharnement meurtrier, Monsieur Jacques Diaz me l'a profondément fait ressentir...âgé à l'époque de 16 ans, témoin impuissant du massacre des 109 fusillés de l'aéroport de Bron le 21 août 1944, il vit, sidéré, certaines des victimes ensevelies dans la fosse alors qu'encore vivantes !
Marqué à jamais, il lui fallut plus de 70 ans pour en parler !

La réalité de la Shoah à Lyon c'est tout cela : des lois iniques, des rafles, des justes, des déportations, des fusillades sommaires, des meurtres de masse...

Aussi, même si les livres d'histoire à venir ne relataient que succinctement ce que fut cette tragique période, ce mémorial s'érigera dans notre paysage Lyonnais tel une vigie à l'adresse du passant, à l'adresse des générations futures, vigie les mettant en garde contre les populismes, marchepieds d'une éventuelle peste brune ou d'une quelconque autre couleur... !

Nicole Bornstein
Présidente du CRIF Auvergne Rhône-Alpes

Intervention de M. Jean-Claude Nerson , Président de l’Amicale des anciens déportés d’Auschwitz et des camps de Haute-Silésie

Intervention de M. Jean-Claude Nerson, Président de l’Amicale des anciens déportés d’Auschwitz et des camps de Haute-Silésie

Bonjour Mesdames et Messieurs

Le temps qui m’est imparti ne me permet pas de saluer chacune des personnalités présentes ce matin, sachez que je vous remercie d’être venus si nombreux pour assister à cet événement exceptionnel.

Le passé a besoin qu’on l’aide afin qu’il ne sombre pas dans l’oubli, ce monument sera le rappel du martyre des Juifs d’Europe.

Il sera le rappel qui servira aux passants à contrecarrer les propos négationnistes de ceux que Robert Badinter appelait « les faussaires de l’Histoire ».

Ce monument voulu par l’Amicale d’Auschwitz-Birkenau, que j’ai l’honneur de présider après notre cher Benjamin Orenstein, Lyon le mérite.

Depuis plus de 17 ans, ce beau projet avait été présenté, comme une réalisation prestigieuse et symbolique, et, Monsieur le Maire, je vous en remercie publiquement aujourd’hui, malgré les difficultés, malgré d’autres préoccupations inhérentes à la gestion d’une ville aussi importante et aux affaires de l’Etat, vous nous avez toujours soutenu.

Ce consensus que vous appeliez de vos vœux, afin que ce monument puisse prendre place dans le paysage mémoriel de Lyon, nous y sommes arrivés.

Nous y sommes arrivés grâce à deux hommes d’exception, Monsieur l’Adjoint chargé du Patrimoine, de la Mémoire, des Anciens Combattants et des Cultes, cher Jean-Dominique Durand et Monsieur le Procureur Général honoraire, Cher Jean Olivier Viout.

Tous les deux ont su aplanir les obstacles de tous ordres avec patience et diplomatie, ils ont constitué un front commun pour aboutir à la naissance officielle de « L’association pour l’édification d’un mémorial de la Shoah à Lyon ».

Comme le disait le philosophe Vladimir Jankelevitch « les morts dépendent entièrement de notre fidélité », quelle plus belle preuve de fidélité que cette édification dans le centre même de la Capitale de la Résistance., d’un monument qui perpétuera le souvenir de la destruction d’une population, seulement coupable d’être née.

Lyon où s’était tenu le premier procès pour crime contre l’Humanité, contre Klaus Barbie, s’honore une nouvelle fois en permettant l’édification d’un tel monument.

L’Amicale d’Auschwitz-Birkenau est fière d’avoir pu, par son action, être l’un des maillons qui permet à notre présent de comprendre le passé et surtout de faire qu’il continue d’éclairer et d’instruire les générations futures.
Depuis plus de 15 ans, nous organisons un voyage de la Mémoire sur les lieux mêmes, devenus emblématiques, de l’accomplissement de ce crime contre l’Humanité, de cette Shoah, dont le nom résonne à nos oreilles comme synonyme de l’atroce génocide du 20ème siècle.

Ce monument, dont le projet vous est présenté ce matin est dans la continuité de notre action, il est une étape importante pour que nos concitoyens puissent se rendre compte, par des chiffres éloquents, jusqu’où peut aller la barbarie mise au service d’un pouvoir hégémonique.

Je suis ému d’être devant vous aujourd’hui et je voudrais encore une fois, au nom de l’Amicale d’Auschwitz-Birkenau, exprimer mon immense gratitude à ceux qui ont permis à ce merveilleux projet de voir le jour.

Jean-Claude Nerson
Président de l’Amicale des anciens déportés d’Auschwitz et des camps de Haute-Silésie